Ségolène Royal veut développer les énergies vertes en Afrique

La ministre de l’Environnement et Présidente de la COP21 Ségolène Royal fait depuis plusieurs mois la tournée des pays africains avec pour mission de promouvoir les énergies vertes et d’impulser un maximum de projets énergétiques sur le territoire. Interviewée par Jeune Afrique à l’occasion de la signature du texte d’accord sur le changement climatique à New-York vendredi 22 avril dernier, la ministre expose sa vision de l’Afrique et ses ambitions en matière de développement durable pour un continent à fort potentiel renouvelable.

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L’Afrique, première victime du réchauffement climatique

Les pays africains sont particulièrement touchés par le réchauffement climatique du fait de leur vulnérabilité aux événements extrêmes (sécheresses, inondations, élévation du niveau de la mer) et de la faiblesse des moyens financiers et politiques mis en place pour y faire face. Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne par exemple, une pluviométrie bouleversée et une saison sèche prolongée, premières causes du réchauffement, affectent durablement les cultures indispensables à la sécurité alimentaire des populations.

D’un point de vue énergétique, ce réchauffement fait également peser le risque de pénurie dans des pays largement dépendants de l’énergie hydraulique. La désertification croissante et la baisse du niveau des fleuves entraînent logiquement une diminution du rendement de l’énergie hydraulique et certaines installations, comme le barrage de Ruacana (qui comble aujourd’hui la majeure partie de la demande d’électricité en Namibie) ne fonctionnent plus que pendant la saison des pluies.

Fort de ce constat sur le terrain, la ministre française de l’Energie et de l’Environnement a fait de l’Afrique sa priorité et tente depuis le mois de décembre et la signature de l’accord sur le climat, de dynamiser le secteur des énergies vertes en Afrique. “L’avenir de la planète se décide sur le continent africain, le plus durement victime du dérèglement climatique, comme le sont les petites îles, sans en être responsable. La COP21 doit donc tenir sa promesse, et je m’y engage”, explique-t-elle.

L’exploitation d’un potentiel renouvelable considérable

Pour cela, la ministre compte avant tout sur le potentiel énergétique considérable des pays africains. L’Afrique présente en effet des conditions climatiques idéales au développement des énergies renouvelables et de nombreuses initiatives voient le jour progressivement malgré un manque de financement toujours problématique.

“Le rapport, que je rédige à la suite de mes visites passionnantes dans 13 pays depuis un an, auxquelles s’ajouteront une dizaine d’autres, montrera l’existence d’un potentiel considérable, avec par exemple la géothermie en Éthiopie, l’éolien en Namibie, le solaire au Maroc ou en Égypte, l’hydroélectricité en RD Congo ou en Guinée, la volonté d’agir au Gabon et en Côte d’Ivoire”, ajoute Ségolène Royal. De nombreux pays africains disposent il est vrai de ressources naturelles importantes et d’une volonté nouvelle de s’engager dans un développement plus durable. Au Gabon par exemple, pays classé au premier rang des pays africains pour l’indice de performance environnementale, le gouvernement a entrepris, depuis plus de cinq ans maintenant, une profonde transformation de son économie afin de suivre un modèle de développement économique plus responsable.

Selon Maixent Accrombessi, directeur de cabinet du Président Ali Bongo, “l’Afrique fait face à la perspective du doublement de sa population au cours des 35 prochaines années (elle atteindra environ 2,5 milliards d’habitants en 2050) et doit donc commencer à consolider les bases d’une croissance durable afin d’éviter une catastrophe écologique majeure dans l’avenir”. Le Gabon est en bonne voie pour relever ce défi sur son territoire grâce au Plan Stratégique du Gabon Émergent, basé sur la diversification de son économie, le développement croissant des énergies renouvelables, et la préservation des ressources naturelles.

Mais tous les pays africains ne peuvent se prévaloir d’une telle “volonté d’agir”, et beaucoup traînent encore les pieds faute d’investissements. Le rapport à venir de Ségolène Royal ne fait donc pas que recenser les projets les plus attendus, mais regroupe également selon ses termes, “des propositions d’ingénierie financière” permettant de faciliter l’accès au financement et d’inciter les entreprises à investir dans le secteur des énergies propres. Elle propose également la création d’une agence en lien avec la Banque africaine de développement et dont la mission première serait (sur le modèle de l’Ademe en France) de coordonner et de prioriser l’ensemble des flux financiers du secteur.