Et si la révolution solaire en Afrique était terminée

Et si la révolution solaire en Afrique était terminée et que personne n’avait rien vu venir ?

C’est en faisant la route en bus entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso qu’on peut remarquer à quel point le solaire s’est démocratisé depuis 4-5 ans en Afrique.

Photo1En 2013, rares étaient les panneaux sur le toit d’une maison ou d’un commerce. Aujourd’hui, ce sont des dizaines et des dizaines de petites installations qui permettent de recharger les téléphones, d’allumer quelques lampes ou de regarder la télévision.

Mais voilà, il semblerait que tout ne s’est pas vraiment passé comme certains spécialistes l’avaient prévu

Au début des années 2010 le solaire s’est démocratisé pour la population africaine principalement grâce à l’avancée et à la baisse des coûts des technologies du lithium et des LED…

Puis entre 2010 et 2016, de nombreuses entreprises ont voulu leur part du gâteau dans ce « Nouvel Eldorado ». Et tout comme le secteur d’internet au début des années 2000, les Investisseurs et les Business Angels ont injecté des millions d’euros et de dollars sans réellement connaitre le marché, mais en espérant avoir misé sur la bonne entreprise – celle qui “électrifiera l’Afrique”. Aujourd’hui il est encore tôt pour avoir le recul nécessaire sur le succès et la croissance pérenne de ces entreprises…

Cependant il semblerait qu’il se passe quelque chose que personne ne veut (ou n’a voulu) vraiment voir venir:

Le génie africain du System-D dans les zones rurales.

L’équation est simple ; D’un côté les entreprises internationales proposent aux villageois des kits solaires sur-mesure; qui sont des solutions parfois coûteuses ou complexes (système de leasing, mobile money etc…) et surtout limitées (impossibilité d’augmenter les loads du kit ou encore absence de vis sur certains systèmes pour empêcher les villageois de les bricoler…)

Et d’un autre côté, il y a le “concurrent quincaillier du village” celui qui vend tout l’arsenal du parfait kit solaire «DIY» pour beaucoup moins cher (panneaux à bas prix, câbles DC, régulateurs sans marques, batteries…).

Bref pour ceux qui connaissent un minimum le solaire,  ce n’est pas bien compliqué de bricoler un kit pour éclairer 3 lampes, charger 5 téléphones ou allumer une télévision… Les villageois l’ont compris et savent le faire pour trois fois rien!

L’Afrique s’électrifie en zone rurale… mais elle s’électrifie à sa manière.

Les photos de cet article, prises au printemps 2017 illustrent parfaitement ça. Sur chaque maison: des panneaux sur le toit en paille, des fils qui pendent, des batteries posées à même le sol et des téléphones qui se chargent avec des pinces crocos… pas terrible en termes de qualité et de norme ISO… mais ça marche!

Et finalement les villageois n’ont pas besoin de plus que ce kit solaire bricolé, pas cher et qui fonctionne instantanément.

Sans compter que les prix du quincaillier ne vont faire que baisser dans les années à venir…

Donc OUI la révolution du solaire pour la population BOP a lieu… mais il se pourrait qu’elle se fasse d’une autre manière, moins conventionnelle mais tout aussi efficace!

Article tiré du blog: https://indilenergy.wordpress.com

 

Julien Cot

Julien Cot est Ingénieur de formation, spécialisé dans l’énergie et l’innovation (enjeux, production, développement…).
Avec plusieurs années d’expériences dans des projets solaires à l’international, au Cambodge et en Afrique de l’Ouest.
Il est également rédacteur en chef du blog sur l’accès à l’énergie indilenergy.wordpress.com