Le plan d’électrification de l’Afrique sera bouclé avant la COP22

L’ancien ministre français de l’Écologie, Jean Louis Borloo s’active depuis quelques années pour son projet d’électrification en Afrique. Président de la Fondation «Énergies pour l’Afrique», l’ex-avocat d’affaires annonce que ce Plan massif d’électrification devrait être bouclé avant novembre prochain, rendez-vous de la COP22 à Marrakech.

jean-louis-borlooLes Inspirations ÉCO : Comment évolue votre projet sur l’électrification en Afrique ?
Jean Louis Borloo : Ce n’est pas mon projet. Il est celui des chefs d’États africains. Je n’en suis que «le petit télégraphiste» ou «le notaire». L’Union Africaine est en pourparlers avec l’Union Européenne. Je pense que d’ici à novembre, c’est-à-dire à la tenue de la COP22 à Marrakech, le projet sera bouclé.

Quel est la pertinence de ce Plan ?
Après un an et demi de travail, tous les États africains ont décidé de lancer un Plan massif d’électrification du continent africain. Aujourd’hui, il est inacceptable que l’Afrique reste encore à des taux d’accès à l’électricité qui tournent autour de 25%. Ce Plan est prêt. Il a été approuvé par l’Union Africaine et par le Parlement panafricain. Il a aussi été présenté à l’Union Européenne. À l’approche de la COP22, c’est le moment de réunir les conditions d’accélération pour que Marrakech soit la conférence du Plan d’électrification du continent africain. Je pense même que je devrais parler de l’ensemble des pays pauvres du monde, car ils sont tous confrontés aux mêmes problèmes et aux mêmes réalités en termes d’électrification. Je fais notamment référence au Népal, au Yémen, Haïti, etc. Mais le problème central reste l’Afrique.

Qu’est-ce qui est attendu du Plan d’électrification de l’Afrique ?
Tout le monde a compris que l’énergie n’est plus un sujet à côté des autres, mais c’est plutôt le pré-requis pour tout : santé, sécurité, agriculture, équilibre des territoires, l’industrie, ainsi que l’emploi. L’Afrique réalise 5% de croissance, mais cela ne veut pas dire grand-chose, du moment que ces performances économiques sont réalisées dans quasiment deux zones du continent. Au même moment, on voit qu’il existe beaucoup d’endroits de désespérance et de migration de la jeunesse. Il y a donc un risque de déséquilibre majeur. Ma conviction est que s’il n’y a pas un Plan massif d’électrification, ça sera la guerre, aussi bien en Afrique qu’ailleurs. Il est illusoire de croire qu’au 21e siècle, sur un continent qui représente 1/4 de l’humanité et qu’en son sein 3/4 de la population n’ait pas accès à l’électricité, il ne se passe rien. Je pense que c’est illusoire.

Sur le plan économique, quels sont les résultats attendus ?
À l’inverse, 100% d’électrification en Afrique garantirait une croissance à 2 chiffres. Les partenaires de l’Afrique également en bénéficieraient. Pour l’Europe par exemple, cela pourrait se répercuter par une croissance de 2 à 3% de plus.

Pensez-vous que le Maroc soit un modèle à suivre pour les autres pays africains en termes d’énergie solaire ?
Absolument ! Avec toute l’humilité que le Maroc met dans sa main tendue aux pays d’Afrique subsaharienne, il est en même temps indiscutable qu’en matière d’énergie et d’électrification, le Maroc ait un bel exemple à suivre pour les pays du continent. Et cela concerne l’ensemble des segments du secteur énergétique : renouvelable, rural, décentralisé. Il s’agit d’un savoir social et politique, au-delà de l’aspect technique. Le Maroc a un rôle majeur à jouer. Le Maroc est à l’intersection de tous les mondes : l’Est, l’Ouest, le Nord et le Sud. Le Maroc détient une formidable richesse qui fait de lui un formidable pont entre l’Afrique et l’Europe.

Vous avez récemment pris part au Forum Afrique Développement à Casablanca, quelles en sont vos impressions ?
C’est un Forum très professionnel, très bien organisé, avec une très haute qualité d’intervenants et d’opérateurs. Ce forum est un carrefour des échanges et de débats indispensables dans lequel se rencontrent les acteurs du monde public et du privé. Ce forum est une rencontre qui permet de réaliser de grandes accélérations. Les intervenants sont d’un très bon niveau, il s’y trouve de grands décideurs et opérateurs économiques. Cela est très important.

Les Ecos.