Le paradoxe hydroélectrique de la Tanzanie

Le 29 avril, le gouvernement tanzanien a sollicité la Banque Africaine de Développement (BAD) pour le financement d’un barrage au niveau des Gorges Stiegler. Ce projet ne date pas d’hier tout comme l’engouement de la Tanzanie pour une augmentation de la part de l’hydroélectricité dans son mixe énergétique.

Fleuve Rufiji dans la réserve de Selous

Le 30 août 2017, le ministère de l’énergie et des mines avait lancé un appel d’offres, dont la date buttoir était fixée au 16 octobre dernier, pour la construction du barrage qui devrait se s’implanter sur le fleuve Rufiji. Celui-ci est situé dans le plus large bassin de l’Afrique de l’Est. Le fleuve et le bassin sont stratégiques pour la Tanzanie puisque 80 % des barrages du pays y sont construits.

 

La venue d’experts éthiopiens, début 2017, qui venaient tout juste d’inaugurer dans leur pays la centrale hydroélectrique Gibe III construite dans la vallée de l’Omo, a validé l’aspect technique du projet. C’est davantage l’aspect financier qui pose problème. Ce dernier ne parait pas du tout acquis. La sollicitation financière de la BAD en est la preuve. C’est le ministre des finances et de la planification, Philip Mpango, qui a révélé cette sollicitation. Néanmoins, la Banque Africaine de Développement ne pourra surement pas répondre à toutes les demandes du président tanzanien. John Magufuli souhaiterait que la BAD s’engage à prêter pour 200 millions de dollars afin de construire un nouvel aéroport à Dodoma ainsi qu’encore quelques millions pour des infrastructures routières. L’institution présidée par Akinwumi Adesina fera surement un arbitrage entre les sollicitations tanzaniennes.

 

L’UNESCO contre l’implantation du barrage

réserve de Selous

À l’instar du barrage Gibe III en Éthiopie qui avait soulevé de nombreuses problématiques de déplacement de populations et de potentielles conséquences environnementales, l’infrastructure hydroélectrique de Stigler’s Gorge pose de nombreuses interrogations. La première est que la zone est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. En effet, le barrage va fortement impacter la réserve protégée de Selous. Cette zone qui s’étend sur plus de 50 000 km² est l’une des aires de biodiversité les plus importantes d’Afrique. On y trouve notamment les fameux rhinocéros noirs et de très nombreux éléphants qui sont deux espèces protégées notamment parce qu’elles sont convoitées par les braconniers. L’institution onusienne demande explicitement l’arrêt du projet et son abandon complet, car il est « incompatible » avec le classement au patrimoine mondial de la réserve.

Que penser de l’environnement dans ce projet qui vise à plus que doubler la capacité électrique du pays. Le barrage de Stigler’s Gorge, d’une capacité potentielle de 2 100 MW serait le plus important sur le fleuve. Néanmoins, en plus de la pression des écologistes, on peut douter quant aux rendements finaux du projet.

 

La Tanzanie face aux dérèglements climatiques

Fin 2015, la Tanzanie a rencontré d’importantes perturbations dans la production d’électricité au niveau hydraulique. Au mois d’octobre, la grande majorité des centrales hydrauliques ont été mises à l’arrêt partiellement voir totalement. Or la Tanzanie est dépendante à 35 % de la production hydroélectrique et ce déficit de production n’a pu être que partiellement compensé par les centrales à gaz et à charbon.

La cause principalement de l’arrêt des centrales est le très faible niveau de l’eau dans les réservoirs. En effet, l’absence de pluies depuis quelques mois a partiellement tari les fleuves. À l’époque, le chargé de la communication du ministère de l’énergie, Badra Masoud, avait même déclaré « Nous ne pourrons pas faire grand-chose parce qu’à cause des dérèglements climatiques, nous n’aurons pas assez de pluies ».

Cela pose alors à question de la pertinence de la construction du barrage de Stigler’s Gorge sur le fleuve Rufiji. Cette future centrale hydroélectrique a certes un potentiel non négligeable, mais les risques de non-fonctionnement dû à un manque d’eau ne paraissent absolument pas être pris en compte. Il est donc fort probable que le barrage ne produise pas les 2 100 MW prévus initialement.

La Banque Mondiale a déjà émit des doutes quant à la faisabilité du projet affirmant que le pays a déjà du mal à faire fonctionner correctement les barrages déjà mise en place, à cause de pénurie d’eau. Il semble donc peu pertinent de mettre en oeuvre d’autre projet hydroélectrique dans le pays selon la publication de la Banque « Gestion éclairée de l’eau : le besoin urgent d’améliorer la gestion des ressources hydrauliques en Tanzanie».