L’Afrique est-il le continent des énergies renouvelables ?

Le monde n’est pas en bonne voie pour atteindre d’ici 2030 les objectifs de développement durable (ODD) en matière énergétique. Selon le rapport Tracking SDG7: The Energy Progress Report, que viennent de publier 5 agences internationales, il faut intensifier les efforts, car certains domaines enregistrent de réels progrès et succès notamment via le développement des énergies renouvelables (EnR).

Les énergies renouvelables en Afrique

À la lecture du rapport, plusieurs constats peuvent être faits concernant l’évolution des énergies renouvelables et l’accès à l’électricité en Afrique.

Tout d’abord, 3 pays ont fait des efforts considérables à savoir l’Éthiopie, le Kenya et la Tanzanie. Entre 2010 et 2016, le taux d’électrification y a progressé d’au moins 3 % par an. Globalement, l’Afrique subsaharienne commence à résorber son déficit d’électrification. Ainsi, comme le souligne le rapport « dans le secteur de l’électricité, les progrès qu’enregistrent les énergies renouvelables (EnR) sont impressionnants. » En cause une chute des prix des EnR liées au photovoltaïque ainsi que le développement de l’hydroélectricité sur le continent.

 

 

Cette carte peut paraître surprenante, elle indique que plus les zones sont foncées plus la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie totale est importante. Il faut donc constater que l’Afrique utilise davantage les EnR dans son mix énergétique que le reste du monde. Pour preuve, la grande majorité des pays qui utilisent des EnR par rapport à leur consommation totale sont africains et plus précisément des pays d’Afrique subsaharienne (voir classement complet). Prenons quelques exemples : le Burundi est à 95%, le Nigéria est à 86,6%, le Niger à 79% ou encore le Sénégal à 42%.

Si l’on arrête l’analyse à ces quelques chiffres, on pourrait conclure que l’Afrique est le continent des énergies renouvelables. Néanmoins, que signifie, dans ce rapport, le terme « renouvelable ».

 

Énergies renouvelables ou accès à l’électricité ?

Pour beaucoup de personnes, le terme « renouvelable » lorsqu’il est associé à « énergie » se rapporte aux technologies de type solaire pour les panneaux photovoltaïques, aux barrages pour l’hydroélectricité ou au vent pour les éoliennes. De plus, lorsque l’on évoque les EnR on pense souvent accès à l’électricité. Or si vous avez déjà vu une carte du monde la nuit – voir le site de la Nasa – l’Afrique par rapport aux autres continents est le moins en lumière. Cette observation est corroborée par les chiffres d’accès à l’électricité du rapport. (Plus c’est foncé plus il y a de personnes qui n’ont pas accès à l’électricité)

 

 

L’Afrique est le continent où une majorité de la population n’a pas encore accès à l’électricité. En outre, 1 milliard de personnes n’ont toujours pas cet accès à travers le monde soit 13 % de la population mondiale. On notera que l’accès à l’électricité en Afrique c’est très fortement amélioré passant de 15 % de la population en 1990 à 43 % en 2016 et ceux alors même que la population augmente.

Voilà donc un paradoxe, car comment est-il possible d’être le continent qui à la part d’énergie renouvelable la plus élevée dans sa consommation et être le continent offrant le moins accès à l’électricité ?

C’est que le rapport ne cantonne pas les énergies renouvelables à la représentation que les individus s’en font. Les EnR ne se limitent pas aux EnR qualifiées de « modernes » (photovoltaïque, géothermie, hydroélectricité, éolien). Elles englobent aussi les EnR dites « traditionnelles » qui sont liées à la biomasse à savoir le bois de feu et le charbon de bois.

La raison pour laquelle, le continent est donc le premier utilisant des EnR est que la majorité des ménages utilisent encore des énergies « traditionnelles » pour faire la cuisine. D’où le faible taux d’accès à une possibilité de faire la cuisine avec une énergie « propre ».

 

Faut-il pourtant conclure que l’Afrique n’avance pas en terme de développement des énergies renouvelables qualifiées de « modernes » ?

Bien au contraire, les avancées sur le continent sont importantes. Le développement de la production hydroélectrique (voir exemple l’Éthiopie) dépasse celle de l’Afrique du Nord et de l’Asie de l’Ouest. Le déploiement des technologies off grid (hors réseau) permet à de plus en plus d’individus d’avoir accès à l’électricité notamment en zone rurale.

De plus, les chiffres datent de 2016 et au vu du déploiement du photovoltaïque dans certains pays, il est vraisemblable que l’accès à l’électricité continue de s’améliorer. Entre 2014 et 2016, l’accès à l’électricité s’est considérablement amélioré de 33 % à 43 %. La dynamique de ces dernières années laisse aucun doute que plus de la moitié de la population du continent à maintenant un accès.

Pour conclure, l’Afrique est donc bien le continent des énergies renouvelables prises dans leur ensemble. La distinction entre « traditionnelles » et « modernes » est moins à l’avantage du continent. Néanmoins, la dynamique de déploiement de sources d’énergies renouvelables permettant l’accès à l’électricité est loin d’être anecdotique.

Le rapport Tracking SDG7: The Energy Progress Report est le fruit d’un effort conjoint de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), de la Division de statistique de l’ONU (UNDESA), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).