Grand Barrage de la Renaissance Ethiopienne

Surement le plus grand projet hydraulique de l’Afrique voir du monde, le Grand barrage de la Renaissance Ethiopienne ne date pas d’hier. Le chantier commencé en 2011 vise à construire un immense barrage à la frontière entre l’Éthiopie et le Soudan. Les superlatifs ne manquent pas pour décrire ce projet. D’une capacité initiale de production de 6 000 MW, cette dernière a été portée à 6450MW en janvier 2017. Le barrage d’une hauteur de 175m, de 1800 m de large et d’une retenue d’eau de 74 milliards de m3 devrait coûter 6 milliards de dollars.

Cependant, si ce projet peut améliorer l’indépendance énergétique de l’Éthiopie voir de lui permettre d’exporter de l’énergie à ces voisins, il est aussi vecteur de tensions géopolitiques dans la région.

En effet, le Nil est la principale ressource en eau des pays situés en aval de l’Éthiopie notamment le Soudan, mais surtout l’Égypte. Or le stress hydrique, c’est-à-dire quand la demande en eau dépasse l’offre, ne va faire que croître dans la zone.

 

Une zone de tension alimentée par le dérèglement climatique et la démographie

Si l’Afrique est l’un des continents au monde au potentiel hydroélectrique les plus importants, cette potentialité est aussi source de nombreuses tensions. L’Éthiopie qui n’a pas vu sa croissance sous les 8 % depuis 2015 connait une tension énergétique interne avec une population qui a maintenant dépassé celle de l’Égypte (100millions en 2016 contre 95 millions). De plus, le pays revendique le droit à l’utilisation de cette énergie renouvelable alors que pour les pays de la zone du nilotique, le Soudan et l’Égypte bénéficient le plus du débit du fleuve depuis l’accord de 1959 accordant sur un débit de 85 milliards de m3, 18,5 % au premier et 55 % au pays le plus en aval.

Le Grand Barrage de la Renaissance Ethiopienne ne cesse depuis le début du projet d’attiser les tensions géopolitiques dans la région. Le fait que le Soudan, pourtant allié de l’Égypte, choisisse finalement de se rallier à l’Éthiopie n’arrange pas la situation égyptienne. En effet, la volte-face soudanaise est principalement liée aux besoins du pays d’assurer un développement continu notamment par l’augmentation de la production agricole fortement dépendante de la ressource hydrique du Nil. Or, au vu de l’avancée du projet – environ 60% du barrage est terminé – le Soudan a vraisemblablement privilégié la négociation à l’opposition.

 

La problématique du changement climatique

Afin d’appréhender les risques d’alimentation en eau pour la zone, une étude a été mandatée pour connaitre l’impact du barrage sur la réduction du débit du Nil. Si des conclusions partielles ont été dévoilées, tout dépendra de la vitesse à laquelle le pays constructeur souhaitera remplir le barrage. L’Égypte souhaite étaler sur 12 années le remplissage des 74 milliards de m3 contre 5 à 7 ans pour l’Éthiopie.

Les tensions seront d’autant plus exacerbées par le dérèglement climatique et notamment par les variations pluviométriques dans la région. En effet, il est possible que les pluies soient plus violentes et plus fréquentes (phénomène El Nino/La Nina). La conséquence pourrait d’après Bastien Alex, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), “conduire les États à stocker de l’eau dans les barrages pour prévenir les pénuries, provoquant de graves conséquences en aval “.

Finalement, alors que l’énergie fossile est souvent mise en avant comme le centre des tensions géopolitiques régionales, l’or bleu peut aussi être une autre source. Le Grand Barrage de la Renaissance Ethiopienne démontre que quelque soit la source d’approvisionnement en énergie, des tensions peuvent se créer et seront surement exacerbées par le dérèglement climatique. D’où l’importance d’une coopération et de dialogue renforcés entre les acteurs.

Source principale : Bastien Alex, Grand barrage de la renaissance éthiopienne : le changement climatique exacerbe-t-il les problématiques de gestion des ressources naturelles, IRIS avril 2018