Géopolitique mondiale de l’énergie et transition énergétique au Maroc

Il en ressort que les énergies fossiles continueront à représenter une part importante de la demande de l’énergie primaire. D’où la nécessité pour le Maroc de mettre en œuvre la politique la plus adaptée pour en assurer un accès sûr, continue et dans les conditions les plus optimales.

D’autant plus que l’accroissement des échanges en gaz naturel offre une opportunité pour le Royaume de se positionner comme plateforme d’échanges et hub de transit pour les échanges entre les pays limitrophes de l’atlantique, l’Afrique occidentale et la région méditerranéenne.
Autre tendance lourde qui façonnera l’évolution future du système énergétique mondial : Le déplacement du barycentre de la demande énergétique mondiale vers le sud-est (Asie et pays en développement) aura des implications géopolitiques importantes. En effet, l’intensification de la compétition entre les géants économiques émergents (Chine et Inde), les pays de l’OCDE et les pays producteurs, dont certains usent de l’énergie comme une arme diplomatique, peut contribuer à exacerber les tensions dans certaines régions. Les schémas de l’énergie mondiale seront probablement encore modifiés par l’émergence économique de l’Afrique et l’évolution importante de sa démographie.

A l’aune de ces développements, poursuit l’IRES, le Maroc devrait établir une stratégie robuste pour assurer sa sécurité énergétique qui ne peut être envisagée sans alliances régionales et une intégration avancée de son marché dans l’espace européen de l’énergie.
Par ailleurs, le mouvement de libéralisation et déréglementation de l’énergie touchera de plus en plus de pays et de régions.

Cela impliquera l’apparition de marchés intégrés au niveau des régions et le développement des interconnexions et des échanges énergétiques entre nations. Le Maroc est appelé à œuvrer pour jouer un rôle important sur le marché maghrébin de l’énergie, qui existe déjà physiquement, mais peine encore à s’organiser sur le plan institutionnel. D’autant plus que la proximité du Maroc avec l’Europe est une grande opportunité et en même temps une contrainte puisque le pays ne peut aspirer à jouer un rôle de hub énergétique dans la région s’il ne s’intègre pas énergétiquement dans l’Europe.

Le rapport de l’IRES affirme, d’autre part, que les énergies renouvelables s’imposeront comme une alternative techniquement et économiquement viable dans le secteur de l’électricité. Le Maroc doit, à cet égard, œuvrer pour lever les obstacles réglementaires et institutionnels qui freinent et empêchent l’adoption de ces technologies.

Le système énergétique mondial sera également impacté par la décentralisation poussée des moyens de production de l’électricité, et la convergence entre les réseaux électriques et les réseaux de communication qui s’accompagnera d’un besoin important pour des emplois qualifiés et d’une main-d’œuvre avec des compétences bien identifiées.

Cela présente une opportunité pour le Maroc pour la création de milliers d’emplois, mais cela nécessitera l’amélioration de l’enseignement des sciences et des mathématiques. Des disciplines dont les champs d’application sont très liées aux industries à forte intensité technologique.
Etudes de cas, Allemagne, Turquie, Espagne et Portugal : quels enseignements pour le Maroc ?
Après avoir présenté les résultats de l’étude comparative de quelques exemples de transitions énergétiques en cours dans quatre pays européens (Allemagne, Turquie, Espagne et Portugal), l’IRES soulève des enseignements pour le Maroc. Le premier enseignement à retenir est celui de la diversification des ressources énergétiques et des sources d’approvisionnement. Le Maroc fait face à une dépendance énergétique de plus de 95% et son mix énergétique est par ailleurs dominé à hauteur de 80% par deux ressources : le pétrole (62%) et le Charbon (22%). Le recours à d’autres sources d’énergies est plus que nécessaire.

Gaz-Naturel

Le Gaz Naturel déjà utilisé mais à faible volume (4%) est une option envisageable et maintenant envisagée par le Maroc. Le Département de l’Energie vient de rendre publique, en 2014, sa feuille de route pour le lancement d’une filière de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) à l’horizon 2021. La mise en place de cette filière permettra aussi de s’affranchir de la dépendance à 100% vis-à-vis du gaz algérien.
La libéralisation du secteur de l’électricité est l’autre enseignement fort à retenir pour le Maroc, qui doit prendre l’exemple de la Turquie qui a pu doubler sa capacité installée, améliorer sa couverture géographique, réduire le nombre d’heures de pannes et soulager le budget de l’Etat grâce, entre autres, à l’ouverture de son secteur électrique auparavant dominé par un opérateur public et verticalement intégré.

Le troisième enseignement concerne la mise en place d’un organe de régulation. Libéralisation et régulation vont de pair. Dans les quatre cas étudiés, le régulateur, en tant que garant du libre jeu de la concurrence et du respect de l’accès aux infrastructures de transport et de distribution, a joué un rôle-clé dans l’attrait de l’investissement privé.
Le quatrième enseignement a trait au cadre juridique et au dispositif de soutien aux énergies renouvelables. Dans les quatre pays analysés, les énergies renouvelables sont considérées comme une réelle alternative aux énergies fossiles et une vraie opportunité de développement économique et industriel.

Les lois et règlements régissant le recours à ces énergies prévoient toutes les conditions requises par la viabilité économique et financière des projets. Parmi ces conditions, il y a en particulier l’obligation de rachat incombant aux fournisseurs, intermédiaires et fournisseur en dernier ressort, la priorité d’accès et de raccordement au réseau et la priorité d’injection de l’électricité de source renouvelable.
Le 5ème enseignement est l’importance des interconnexions et échanges régionaux de l’énergie. La globalisation des échanges et des marchés ainsi que la libéralisation du secteur énergétique favorisent l’harmonisation des règles et standards et l’intégration des marchés de l’énergie pour améliorer la compétitivité et renforcer la sécurité de l’approvisionnement. Les quatre pays analysés ont développé les interconnexions et échanges avec les pays voisins et sont tous interconnecté par le plus grand réseau du monde d’échanges et de flux énergétique (électricité et gaz).
Un dernier enseignement a trait à la tentation des décideurs politiques de trop lier la stratégie énergétique et l’intégration industrielle locale. Le cas de l’Espagne et à une moindre mesure le Portugal démontrent que cela peut s’avérer coûteux et fragile du point de vue économique, estime l’IRES.

Source IRES