La Gambie s’enfonce dans une crise énergétique sans précédent

Confrontée aux insuffisances d’un réseau électrique vétuste et à la fragilité financière d’une compagnie publique aux abois, la Gambie plonge progressivement dans une crise énergétique de grande ampleur. Les coupures de courant sont presque quotidiennes dans certains quartiers de la capitale Banjul, et rien n’est fait pour y remédier. Seul espoir, un accord d’approvisionnement éventuel avec le Sénégal qui permettrait au gouvernement de gagner du temps dans l’attente d’une ouverture progressive du marché à la concurrence et aux investisseurs étrangers.

Nawec, un opérateur public à la dérive

Présentant déjà un taux d’électrification faible de 40% dans tout le pays et de seulement 12% dans les zones rurales, la Gambie a en plus, bien du mal à garantir l’approvisionnement en électricité des territoires connectés. Les délestages intempestifs d’électricité font rage dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest et compromettent désormais la desserte des populations en eau potable. L’exaspération des populations va croissante et la paralysie des activités économiques handicape d’autant plus un pays déjà touché pas le sous-développement.

Une situation intenable donc due en grande partie aux difficultés rencontrées par la compagnie nationale d’eau et d’électricité Nawec. Celle-ci doit fournir de l’électricité à près de 2 millions d’habitants via des générateurs vieux de quarante ans, et dont plus de la moitié est en panne. Problème, la compagnie est aujourd’hui en faillite et n’a vraisemblablement pas les ressources pour financer les investissements nécessaires. En situation de monopole sur le marché de l’énergie gambien, elle n’a pourtant jamais eu à souffrir de la concurrence mais plutôt d’une politique de privilèges désastreuse en vigueur sous l’ancien gouvernement.

Comme l’explique sur RFI le directeur adjoint de la Nawec, Nani Juwara, cette situation catastrophique est le résultat de la gestion sous l’ancien gouvernement de Yahya Jammeh : « La plupart des décisions qui ont été prises ont été imposées par des directives de l’exécutif. Certaines institutions, en lien avec le gouvernement, ne payaient pas leur électricité chaque mois. Et s’ils ne payent pas, Nawec est obligé d’emprunter de l’argent à la banque, avec un taux d’intérêt. L’ancien président était au courant de cette situation. Mais il n’y a pas répondu efficacement. Donc, sur le papier, nous sommes en faillite ». Le ministère de l’Economie estime aujourd’hui la dette totale de la compagnie à 172 millions d’euros, soit 9 milliards de dalasis, la monnaie locale. Pour en éponger une partie, l’AMRC, la compagnie qui s’occupe du recouvrement pour l’Etat, a été chargée de collecter les remboursements.

Le Sénégal à la rescousse

En attendant que la compagnie publique soit remise d’aplomb et que les investissements nécessaires soient consentis dans les infrastructures de production et de transport d’électricité, la Gambie compte sur son voisin sénégalais pour assurer une grande partie de son approvisionnement.

Lors d’une récente conférence de presse, le ministre de l’Intérieur gambien Mai Ahmed Fatty, a révélé que son pays était en négociations « très avancées » avec le Sénégal pour s’approvisionner en électricité. De son côté, La Senelec, la compagnie électrique nationale du Sénégal, évaluerait actuellement, selon Thierno Alassane Sall, le ministre sénégalais de l’énergie, l’option d’une exportation de son surplus de production (estimé entre 150 et 200 MW) vers la Gambie.

Susciter les investissements étrangers dans les énergies vertes

Le gouvernement envisage également d’autoriser des investisseurs privés à produire de l’électricité (dans les énergies renouvelables notamment), ouvrant ainsi le marché de l’énergie à une concurrence salvatrice dans ce cas précis. Le Fonds d’énergie durable pour l’Afrique (SEFA), hébergé par le département des énergies renouvelables de la Banque africaine de développement (BAD), a déjà approuvé en mars dernier l’octroi de près d’un million de dollars à la République de Gambie pour la mise en œuvre d’un programme visant à faciliter les investissements privés dans les mini-réseaux verts.

Le projet financé par le SEFA soutiendra la préparation d’un cadre politique et réglementaire approprié, élaborera des normes et des directives techniques, réalisera des études de faisabilité et structurera un processus d’appel d’offres pour attirer les investisseurs les plus appropriés. Le projet assurera également le renforcement des capacités techniques et institutionnelles, y compris les questions juridiques et réglementaires. « En cette période de transition, nous sommes heureux d’aider la Gambie à attirer des investissements dans l’énergie propre mini-réseaux. Ceux-ci seront essentiels pour fournir de l’énergie à tous les ménages ruraux et les entreprises, jetant ainsi les bases d’un développement économique durable », expliquait à cette occasion Engedasew Negash Habtemichael, directeur de la division de l’énergie renouvelable de la BAD.

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