Former des jeunes filles au biogaz : l’émancipation selon une ONG camerounaise

Depuis octobre 2016, l’ONG “Green Girls Project” organise des formations à travers le Cameroun pour apprendre aux adolesentes à fabriquer du biogaz – une énergie renouvelable produite grâce à la fermentation de matières organiques. L’objectif : les doter de nouvelles compétences et tendre vers l’égalité hommes-femmes.

L’ONG “Green Girls Project” a été créée en août 2016 par Monique Ntumngia, une Camerounaise de 26 ans ayant étudié le droit. Elle a bénéficié de l’appui de l’African Women’s Entrepreneurship Program, un programme du département d’État américain aidant les Africaines à développer leurs propres projets.

L’objectif est de former les jeunes femmes – qui vivent dans les zones reculées en particulier – à transformer les déchets en biogaz. J’ai décidé de me focaliser sur les femmes car elles ont généralement moins d’opportunités que les hommes pour développer leurs compétences, notamment car elles se marient plus jeunes. Il s’agit donc de favoriser l’égalité hommes-femmes.
En amont des formations, nous contactons toujours des écoles car notre programme s’adresse en priorité aux élèves de la troisième à la première, âgées de 14 ans au minimum. Mais les jeunes filles déscolarisées – en raison de mariages ou de grossesses précoces par exemple – peuvent également participer.
Pour une formation, nous sommes généralement huit sur le terrain : il y a notamment des coordinateurs techniques et des ingénieurs spécialisés dans les énergies renouvelables. Nous expliquons aux filles comment valoriser les déchets – excréments humains, déchets produits dans les poulaillers ou les porcheries, peaux de bananes, etc.
Puis nous construisons un ou plusieurs biodigesteurs ensemble. [C’est là que les déchets sont déversés, avant de se décomposer, ce qui génère du biogaz, NDLR.] La durée de la formation dépend des déchets que l’on trouve dans chaque communauté, car tous ne se décomposent pas au même rythme. Elle dure quatre jours au minimum.

“À l’issue de leur formation, elles sont capables d’utiliser les biodigesteurs et de transmettre ce qu’elles ont appris”

Depuis octobre, nous avons formé 623 jeunes filles dans 23 communautés différentes, dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et du Littoral. À l’issue de leur formation, elles sont capables d’utiliser les biodigesteurs – même si on ne leur apprend pas à en construire de nouveaux – et de transmettre ce qu’elles ont appris à leur entourage.

Cela permet de faire évoluer les mentalités, puisque les jeunes filles réalisent qu’elles sont capables de faire certaines choses, même lorsqu’elles ne sont pas allées à l’école. C’est très encourageant pour elles. Désormais, beaucoup d’entre elles souhaiteraient d’ailleurs exercer un métier dans les énergies renouvelables. À Kumbo, dans le Nord-Ouest, nous avons également formé vingt jeunes femmes musulmanes, après avoir convaincu l’imam local.

“Les biodigesteurs permettent aux foyers d’économiser de l’argent et du temps”

Par ailleurs, nous avons déjà installé environ 70 biodigesteurs. Plus de 3 000 foyers utilisent déjà le biogaz qui est produit, pour la cuisine et le chauffage. Cela leur permet d’économiser de l’argent. Il faut savoir qu’une bouteille de gaz coûte 6 800 francs CFA [soit 10,37 euros, NDLR] à Douala et encore davantage dans les zones reculées. En outre, cela permet aux femmes de gagner du temps, en leur évitant d’aller chercher du bois pour chauffer leur foyer, ce qui est également bénéfique pour l’environnement.
Monique Ntumngia souhaiterait continuer à former des jeunes femmes dans d’autres régions du pays. À plus long terme, elle aimerait également leur apprendre à comprimer le biogaz produit, afin qu’elles puissent le revendre, et à tirer profit de l’énergie solaire.

Pour l’instant, “Green Girls Project” est financée grâce à des dons et à la commercialisation de biodigesteurs à des foyers isolés, désireux d’avoir leurs propres installations à domicile.

Au Cameroun, 53,7 % de la population avait accès à l’électricité en 2012, selon l’Agence internationale de l’énergie, mais les coupures sont fréquentes…

Lire l’article sur France24.