Les Finlandais prospectent l’Afrique via le Maroc

C’est connu. Les pays scandinaves sont leaders en matière de protection de l’environnement, énergie propre, efficacité énergétique, smart grid… La Finlande en est un exemple édifiant. Avec ses 2.000 entreprises opérant dans les technologies propres (cleantech), totalisant un chiffre d’affaires de plus de 27 milliards d’euros, la Finlande se positionne parmi les meilleurs modèles à l’échelle mondiale.

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Toutefois, ce pays nordique reste encore faiblement représenté sur le marché africain en général et notamment en Afrique du Nord. Outre l’éloignement géographique, l’Afrique pâtit encore de l’image longtemps véhiculée par les médias d’un continent miné par la pauvreté, l’analphabétisme, les guerres civiles…Pour mieux présenter le potentiel de ce secteur, une dizaine de journalistes africains (originaires du Maroc, Egypte, Algérie, Kenya, Zambie, Mozambique, Ethiopie, Namibie, Nigéria…) ont été conviés par le gouvernement finnois du 3 au 7 octobre.

Au programme: une tournée dans deux villes (Vaasa et Tampere, voir carte) afin de découvrir les derniers développements en matière de cleantech. «Jusqu’ici, les efforts et les ressources ciblant le marché africain n’ont pas été suffisants», confirme Maissa Ftiti, International Business Coordinator auprès de Merinova, basé dans la ville de Vaasa (Ouest de la Finlande). Lancé en 1989, ce centre technologique vise principalement à développer le business dans la région de Vaasa, considérée comme l’un des fiefs de l’industrie cleantech.

Son cluster, Energy Vaasa, est l’un des plus importants en Scandinavie. Plus de 140 entreprises en font partie, totalisant un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards d’euros par an et un taux à l’export de plus de 80%. Pourtant, ses entreprises peinent encore à percer sur le marché nord-africain en particulier. «Il s’agit de pays francophones, les Finnois ont encore quelques appréhensions à approcher ces marchés considérés comme la chasse gardée de la France», précise Maissa Ftiti. En effet, mis à part des importations de bois, machinerie, matériaux… Les échanges restent très limités au niveau du Maghreb.

Aujourd’hui, les choses commencent à changer. Le Maroc a amorcé depuis quelques années une politique d’ouverture sur d’autres marchés, notamment dans le secteur énergétique. Pour accompagner les entreprises finlandaises à l’international, le centre Merinova a lancé cette année une stratégie dédiée au Maroc. «Le Royaume est l’un des pays les plus attractifs aujourd’hui en Afrique en matière d’énergies renouvelables», explique la responsable d’origine tunisienne. Son organisme, Merinova (qui envisage d’établir un bureau de contact au Maroc) compte organiser le 1er forum «Energy Days Morocco» en septembre 2017. L’évènement, programmé pour cette année, a finalement été décalé en raison de la COP22, est-il expliqué.

«Nous allons inviter les principaux acteurs du secteur des énergies renouvelables au Maroc pour promouvoir l’échange avec leurs homologues finnois», assure la responsable auprès de Merinova.

Selon la coordinatrice, le Maroc est géographiquement bien placé pour être non seulement un hub vers l’Afrique, mais aussi vers l’Europe. Par ailleurs, Merinova a organisé en septembre dernier le 1er Forum «Africa Energy». Il s’agit d’un évènement qui recevra chaque année des participants africains, notamment du Maroc. «Cette année, nous avons accueilli la holding Nareva qui a eu des contacts intéressants, notamment dans le secteur de l’éolien», indique Ftiti.

Pour la COP22, qui se tient du 7 au 18 novembre à Marrakech, les pays scandinaves seront représentés par une forte délégation commune, composée d’une cinquantaine de participants. A signaler que la Finlande, connue pour son climat marqué par des variations extrêmes de la température (pouvant aller jusqu’à -30 degrés pour les régions situées sur le cercle arctique) n’avait d’autres choix que d’opter pour les énergies propres (en l’absence d’énergie fossile). Il s’agit aussi d’un pays riche en ressources naturelles (forêts, lacs, minéraux…) qui a investi énormément dans les technologies propres. Si la part de la Finlande dans le PIB mondial se limite à 0,4%, sa part sur le marché international du cleantech dépasse le 1%. Plus du tiers des investissements publics en R&D sont consacrés à ce secteur.

L’économiste.