Les banques ont le devoir d’accélérer la transition vers la finance verte

Binta Touré Ndoye est directrice générale d’Oragroup. Dans cette tribune, elle appelle à une plus grande implication du secteur privé dans le financement de la transition écologique.

Le 21 juin dernier, quelques-uns des acteurs les plus influents du secteur des énergies renouvelables en Afrique de l’Ouest se sont rassemblés à Abidjan, dans les locaux de la Banque africaine de développement (BAD), pour s’engager en faveur de la finance verte. Ils se sont entendus sur les grands principes d’une déclaration commune. Je voudrais ici faire part de l’engagement total de notre groupe pour l’accélération des grands principes énoncés dans cette Déclaration d’Abidjan.

En effet, il ne fait plus de doute que la planète doit faire face à un changement climatique d’une très grande ampleur. Et malgré le plus faible taux d’émissions carbone au monde (à peine 3% du total mondial), l’Afrique est particulièrement vulnérable à ce bouleversement : on estime qu’avec un réchauffement de 1,5 à 2°C, la sécheresse et l’aridité pourraient rendre entre 40% et 80% des terres agricoles en Afrique impropres à la culture d’ici à 2030-2040. En Afrique de l’Ouest, la région du Sahel est fortement exposée à la désertification, tandis que les villes côtières risquent d’être victimes de graves inondations avec la montée des eaux.

De plus, parce qu’ils ne peuvent pas réduire leurs émissions, négligeables par rapport à celles des grands pollueurs de la planète, les pays africains sont livrés à eux-mêmes sur les questions complexes de l’adaptation, que ce soit aux risques d’inondation, de désertification ou de diminution de la production agricole. Les besoins en investissement pour un développement inclusif de l’action climatique à l’horizon 2050 sont estimés à environ 1 500 milliards de francs CFA par an. Sans compter que ces financements sont essentiels à l’atteinte des objectifs à long terme de l’Accord de Paris et des Objectifs de développement durable des Nations Unies.

En raison des incertitudes qui pèsent sur la volonté réelle des puissances étrangères à financer l’effort d’adaptation de l’Afrique, il nous faut, à nous autres financiers du privé, prendre des engagements forts pour canaliser les investissements vers des projets qui permettent de renforcer les capacités d’adaptation du continent. Ajoutons que ces besoins en financement ne peuvent être satisfaits par la seule finance publique et requièrent un «nouveau modèle» dans lequel les financements publics sont optimisés pour drainer les ressources privées, en particulier pour atténuer les risques sur les investissements verts et améliorer leur potentiel, tout en attirant les investisseurs institutionnels.

Les défis posés par le changement climatique doivent être l’occasion de repenser notre développement. Ainsi, orienter plus de financements vers l’économie verte pourrait être le meilleur moyen de mettre enfin en valeur le potentiel en investissements verts dont regorgent les États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), particulièrement dans le secteur de l’énergie, mais aussi de l’agro-foresterie et de l’agro-industrie durables. Cela serait aussi un bon moyen d’impulser la diversification économique qui, seule, permettra une véritable croissance partagée par le plus grand nombre.

Développer des standards communs

Au-delà des barrières réglementaires, d’ordre politique, financier et technique aux investissements verts, le renforcement des capacités, l’accès à l’information pour la préparation de projets ainsi que la disponibilité de ressources financières adéquates sont des contraintes considérables en Afrique de l’Ouest. Pour y faire face, la Déclaration d’Abidjan appelle à la création d’une plateforme sur la finance climat au sein de la CEDEAO ayant les fonctions de diffusion des connaissances, de plaidoyer, de catalyseur des investissements et de coordination.

Notre travail ne fait que commencer. Les instruments de financement innovants verts et les instruments d’atténuation de risque (tels que la plateforme de Co-garantie de la BAD, le programme d’émission d’obligations vertes de la BOAD, le Fonds pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique du FONSIS et la plateforme RENEWABLE ON d’Oragroup et la SABER) peuvent jouer un rôle important dans la mobilisation des ressources.

Mais pour faciliter leur déploiement à travers la région, il est nécessaire de développer des standards communs pour les obligations «vertes» pour soutenir les États et institutions financières de la sous-région dans leur recherche d’opportunités de financement pour un développement sobre en carbone et résilient. Nous avons rendez-vous à Lomé en septembre pour avancer de façon décisive sur ces sujets. Je ne doute pas que les grandes institutions financières seront au rendez-vous de la finance verte. Il y va de notre avenir.

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